Association québécoise
pour la protection et
l’observation de la faune
Bernache

Bernache du Canada
© Sylvain Langevin

Observer la faune avec respect

La performance, la compétition et le dépassement sont très présentes sur les réseaux sociaux. L’observation de la faune cède aussi parfois à la tentation des excès. C’est pourquoi l’un des mandats prioritaires de l’AQPOF consiste à sensibiliser les adeptes de l’observation aux comportements respectueux à l’égard des animaux de la faune.

Pour pratiquer une observation faunique pérenne et responsable, il ne suffit pas de se munir de jumelles, d’un télescope ou d’un appareil photo. Des connaissances de base sur la faune, les écosystèmes et les lieux à visiter sont indispensables. Une réflexion sur les motivations qui nous animent l’est tout autant. Quelle expérience recherche-t-on? Quel est notre but? Une espèce rare dont on cochera le nom? La photo parfaite qui récoltera des « J’aime » sur Instagram? Épater la galerie par un contact de proximité (selfie)?
Ou bien vivre une rencontre enrichissante avec des êtres animaux libres et indépendants, sur un pied d’égalité? Peut-être voulons-nous simplement profiter d’un moment de détente au sein du monde sauvage. Chaque personne qui pratique l’observation faunique a ses raisons de répondre à l’appel de la nature. Voici quelques balises qui priorisent le bien-être et la protection des animaux de la faune lors d’une activité d’observation.
Gelinotte

Gélinotte huppée
©Luc Farrell
05/06/2014

Bien se préparer

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Au Québec, il est difficile de trouver un milieu naturel, accessible et propice à l’observation faunique. La rareté des aires protégées, la petite superficie des parcs nationaux et un fort achalandage y sont pour quelque chose. Cela dit, peu importe le milieu – urbain, rural, forestier, marin, naturel, etc. – l’observation de la faune demeure une aventure pour laquelle il faut bien se préparer. Une sortie ornithologique dans un parc urbain ne requiert pas la même préparation qu’une expédition pour observer des orignaux. Une randonnée en solitaire au pays des ours diffère d’une journée en territoire agricole consacrée à la contemplation des oies sauvages migratrices.
Gelinotte

Gélinotte huppée
©Luc Farrell
05/06/2014

Quelques conseils de préparation :
se documenter sur les espèces vivant sur le territoire où l’on souhaite pratiquer l’observation ou, inversement, se renseigner sur les territoires et périodes propices pour observer certaines espèces;
connaître et respecter les lois et règlements en vigueur sur ce territoire;
respecter les autres observatrices et observateurs et les propriétés privées;
en période de chasse, éviter les zones fréquentées par les chasseurs;
Ceci étant dit, chaque sortie en nature apporte son lot de surprises et ce sont parfois les êtres vivants les plus modestes, les plus inattendus, ceux que nous étions les moins préparés à rencontrer qui nous apportent le plus de joie.

Porc-épic
©Florent Langevin

Cultiver l’empathie

Porc-épic
©Florent Langevin

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Tentez d’imaginer l’état d’esprit dans lequel peut se trouver un être animal qui déambule dans son monde naturel. Peut-être est-il avec ses petits, attentif à toute possibilité de danger. Peut-être a-t-il le ventre vide, empressé de trouver sa nourriture. Soudain, un humain le fixe avec insistance, pousse l’effronterie jusqu’à le suivre lorsqu’il s’éloigne. Cet être animal éprouve un profond malaise. L’inquiétude, voire la colère, s’empare de lui. Par son comportement irrespectueux, l’intrus insuffle en lui la perspective d’une menace et son option la moins risquée est de prendre la fuite! Déguerpir s’avère d’ailleurs la solution qu’adoptent beaucoup d’animaux de la faune lorsque nous pénétrons dans leur habitat et tentons de les observer sans précaution.

C’est là que l’empathie prend toute sa force. L’empathie, cette capacité à se mettre à la place de l’autre, à ressentir la même chose, à s’identifier à l’autre, demeure le meilleur outil pour que la personne qui observe respecte l’être qui est observé. L’empathie permet de dépasser le stade primaire, et souvent égoïste, de l’exploitation, pour plutôt engager une relation, une cohabitation temporaire au cours de laquelle l’individu observé se sent à l’aise et vaque à ses occupations, comme il le fait en présence des espèces qui ne représentent aucune menace pour lui.
Voici quelques trucs pour y parvenir :
Se déplacer lentement et en silence, tous les sens en alerte;
Parler à voix basse si on est plusieurs;
Éviter les gestes brusques.
Prêter attention à tous les signaux émis par l’animal. Apprendre à interpréter son comportement, ses gestes, ses positions et ses cris d’alarme. Cela s’acquiert avec l’expérience.
Passer votre chemin si un individu semble stressé. Des petits sont peut-être proches, surtout au printemps et en été.
Éviter de s’approcher, de toucher ou de retirer de son milieu un jeune mammifère trouvé seul ou un oisillon hors du nid, par crainte qu’il soit orphelin. Ses parents, même invisibles, veillent souvent sur lui. Intervenir en pensant effectuer un sauvetage peut briser un lien familial et condamner le petit à la mort ou à la captivité.

Ours noir
©Luc Farrell
09/05/2021

Développer une relation d’égalité

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Le manque de connaissances pratiques sur les espèces sauvages ouvre la voie à des attitudes inadéquates pouvant entraîner des conséquences parfois déplorables. La relation affective que nous entretenons avec nos compagnons domestiques, dont le bien-être dépend totalement de nous, risque également d’influencer notre manière d’aborder leurs cousins de la faune, libres et autonomes. Il faut garder à l’esprit que chaque être animal sauvage est un individu à part entière, avec sa personnalité, ses expériences de vie, qui nous sont inaccessibles. La connaissance du comportement des animaux dans la nature est cruciale pour éviter les désagréments.

Ours noir
©Luc Farrell
09/05/2021

À savoir :
Les espèces sauvages trouvent dans la nature tout ce dont elles ont besoin pour se nourrir, s’abriter et se reproduire. Contrairement à leurs cousins domestiques, les animaux de la faune vivent très bien sans l’intervention des humains. Il faut donc se méfier de l’élan qui nous pousse à vouloir cajoler et apprivoiser le mammifère ou l’oiseau que l’on rencontre, aussi mignon soit-il.
Les mammifères et les oiseaux muent chaque année. Fourrure et plumage peuvent alors donner l’illusion qu’un animal est malade, amaigri et dans le besoin. Un canidé sauvage parait toujours plus svelte en été, après la mue de son épaisse fourrure d’hiver.
Nourrir les animaux de la faune les amène à moins se méfier des humains, ce qui peut leur causer du tort. Voici quelques exemples :
  • un ours noir nourri par quelques touristes apprend rapidement à considérer les êtres humains comme des pourvoyeurs. Cette familiarité risque de mal se terminer pour lui, soit par sa relocalisation ou sa mise à mort;
  • un renard roux devenu « l’ami » d’un humain trotte joyeusement au-devant d’un autre humain, sans se douter qu’il s’agit d’un chasseur qui l’abattra.
Conseils pour agir avec discernement :
Garder à l’esprit que les animaux observés sont des êtres sensibles et non des « ressources fauniques ». Il faut faire passer le bien-être des animaux avant leur observation. On peut se demander : est-ce qu’on influence le comportement de l’individu? Est-ce qu’on lui fait gaspiller son énergie?
Maintenir une distance raisonnable. Si par erreur vous faites fuir un animal, n’essayez plus de l’approcher. Ne jamais poursuivre un animal en véhicule.
Éviter de nourrir un animal sauvage dans l’espoir de l’aider ou pour mieux l’observer. Faire attention aux subterfuges et aux outils technologiques. Par exemple :
  • ne pas faire jouer des enregistrements sonores de l’espèce en sa présence;
  • éviter à tout prix de vous approcher de la faune avec un drone.

Renardeau
© Hugues Deglaire
23/04/2007

Respecter l’habitat

Renardeau
© Hugues Deglaire
23/04/2007

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L’une des meilleures façons de protéger les êtres animaux de la faune est de protéger leur habitat. Un milieu naturel en bon état leur permet de vivre les différentes étapes de leur vie, de satisfaire leurs besoins et de développer un large éventail de relations riches et complexes, y compris les dynamiques prédateurs-proies.
Voici quelques suggestions :

Considérer l’habitat de chaque espèce comme un lieu sacré où le calme et le recueillement sont de mise;

Rester dans les sentiers pour ne pas endommager la végétation locale.
Laisser l’environnement dans le même état qu’on l’a découvert.
Ramener avec vous tous vos résidus, y compris les matières organiques (adopter une philosophie « sans traces »)
Tenir compte des traces olfactives que vous laissez et qui pourraient être utilisées par des prédateurs potentiels. Traverser la végétation peut créer des passages qui, en plus des traces olfactives, contribuent à mener une espèce prédatrice jusqu’à un nid qu’on a été observer, par exemple.
Faire preuve de discernement dans la divulgation d’informations qui situent géographiquement un terrier, un nid ou une espèce rare, à plus forte raison sur internet.
Orignal
©Julie & Eric Wildlife & Nature

Avoir une attitude sécuritaire

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Certains comportements peuvent mettre à risque autant les personnes qui observent que les êtres animaux qui sont observés. Par exemple, de grands mammifères, tels que les ours et les orignaux, peuvent se montrer dangereux si observés de trop près.
Orignal
©Julie & Eric Wildlife & Nature
Quelques trucs de sécurité :
Conserver une bonne distance avec un animal sauvage réduit le risque de familiarisation de celui-ci, surtout là où il y a du tourisme de masse comme dans les parcs.
Laisser à un individu observé une distance de fuite et une sortie de secours.
Un être animal peut être dérangé sans pour autant fuir! Il faut donc savoir quitter la scène afin de le laisser reprendre le cours de sa journée.

Être conscient des infrastructures environnantes pour éviter de rabattre un individu vers une route ou autre endroit dangereux.

Nyctale

Petite Nyctale
©Hugues Deglaire
19/03/2022

Faire rayonner l’observation

Nyctale

Petite Nyctale
©Hugues Deglaire
19/03/2022

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Un des grands plaisirs de l’observation, c’est de partager avec autrui les merveilles dont nous avons été témoins. Que ce soit par écrit, de vive voix ou par des publications sur les réseaux sociaux, la personne qui témoigne de ses observations réalisées de manière respectueuse agit en quelque sorte comme une ambassadrice. Elle contribue à promouvoir une activité faunique non létale en insufflant à son entourage le désir d’en faire autant. Or, l’observation faunique, notamment celle des oiseaux, est parfois critiquée en raison d’abus commis par certains observateurs. 

Voici quelques conseils pour que les activités d’observation faunique demeurent positives et respectueuses des autres activités récréotouristiques:
User de précaution avant de diffuser les lieux de vos trouvailles sur les réseaux sociaux; ces derniers peuvent représenter un danger pour la faune. Aux abords des grands centres, un tel partage peut attirer plus d’une centaine de personnes sur les lieux dès le lendemain. Demandez-vous si l’espèce que vous avez observée est capable de supporter cette affluence.
Faire preuve de courtoisie, de calme et de diplomatie avec les autres personnes qui observent. Rappeler au besoin les règles de courtoisie ou les principes d’une observation respectueuse de la faune.
Laisser à la maison votre animal de compagnie lors de vos sorties d’observation. Pour certaines espèces fauniques, un chien peut être perçu comme un prédateur ou un concurrent.
Les conseils ci-dessus vous aideront à développer votre sens de l’observation et à cultiver une approche éthique de l’observation de la faune. Mais n’espérez pas tout savoir sur la faune et la nature avant de sortir. L’expérience de terrain s’acquiert… en allant sur le terrain.

Bonnes Observations!

Observateur d'orignaux
©Hugues Deglaire
2009-08-24